I have seen the future, brother—it is murder. Georges Bernanos, les yeux grand ouverts sur le futur après le charnier sinistre et systématique de la Guerre d'Espagne, voit l'avenir des guerres invisibles, des guerres sans armées qui viendront sans déclaration de guerre préalable, les guerres qui se livreront non pas contre l'ennemi mais contre les gens, l'ex-citoyenneté, devenus bétail humain. Des guerres secrètes, livrées par des tueurs installés dans le pouvoir et les gouvernements et les petits comités discrets des plus puissants et des plus dégénerés:
Je l'ai écrit. Je l'écrirai encore: la guerre qui vient ne sera rien d'autre qu'une crise d'anarchie générale. Puis qu'il s'agit simplement de dépeupler un continent qui compte trop de bras, trop de mains pour la perfection de sa machinerie, rien n'oblige plus à user de moyens aussi coûteux que l'artillerie. Lorsqu'un petit nombre d'espions ravitaillés par les laboratoires et menant de ville en ville une confortable existence de touristes, suffiront à réduire de cinquante pour cent la population, en développant la peste bubonique, généralisant le cancer et empoisonnant les sources, appellerez-vous ça aussi la guerre, hypocrites? Les décorerez-vous de la Croix de Saint-Louis ou de la Légion d'honneur, vos courtiers en morve et en choléra? Pas même moyen de fêter l'Armistice, puisqu'il n'y aura pas plus d'armistice qu'il n'y aura eu de déclaration de guerre, les gouvernements protestant, la main sur le cœur, de leur volonté pacifique et jurant leurs grands dieux qu'ils ne sont absolument pour rien dans ce curieux déchaînement d'épidémies. Sans doute, je traduis votre pensée intime en images dont la brutalité vous irrite et contre lesquelles vous pouvez vous défendre. Mais quoi! Je ne pense pas que notre Saint-Père le pape soit plus rassuré que moi sur l'avenir de l'Occident chrétien. Il n'est donc nullement exagéré de conclure que rien ne saurait justifier les immenses charniers de demain, aucun de ces casus belli, jadis amoureusement caressés dans les chancelleries, Et pourtant il faut que ces charniers se remplissent. Vous savez, vous-même qui haussez les épaules, vous savez —vous savez— qu'ils se rempliront, que vous les verrez pleins, à moins, mon cher monsieur, que vous ne soyez pas dedans. On ne peut raisonnablement, pour de telles fins délirantes, utiliser que le fanatisme religieux qui survit à la foi, la furie religieuse consubstantielle à la part la plus obscure, la plus vénéneuse de l'âme humaine. Qui l'utilisera? Quels monstres? Hélas! il n'y a peut-être pas de monstres. Ceux qui rêvent d'exploiter ces perversions comme ils feraient d'un quelconque slogan sont des malheureux incapables d'en mesurer l'effroyable, le démoniaque pouvoir. Ils ne croient d'ailleurs pas au diable. Ils mettraient le feu aux hommes pour un coup de Bourse, sans s'être un instant préoccupés des moyens de l'éteindre, ils ne savent absolument rien de l'homme qu'ils définissent entre eux une machine à perdre ou à gagner des sous, une machine à sous.
(Georges Bernanos, Les Grands Cimitières sous la lune (1937), II.ii)
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