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lunes, 18 de noviembre de 2024

Un passage de la vie

(Proust, Albertine disparue, ch. III):


Colores de Venecia 3


Mais le désir de ne pas perdre à jamais certaines femmes, bien plus que certaines places, entretenait chez moi à Venise une agitation qui devint fébrile le jour où ma mère avait décidé que nous partirions, quand à la fin de la journée, quand nos malles étaient déjà parties en gondole pour la gare, je lus dans un registre des étrangers attendus à l'hôtel: "Baronne Putbus et suite". Aussitôt, le sentiment de toutes les heures de plaisir charnel que notre départ allait me faire manquer, éleva ce désir, qui existait chez moi à l'état chronique, à la hauteur d'un sentiment, et le noya dans la mélancolie et le vague; je demandai à ma mère de remettre notre départ de quelques jours; et l'air qu'elle eut de ne pas prendre un instant en considération ni même au sérieux ma prière réveilla dans mes nerfs excités par le printemps vénitien ce vieux désir de résistance à un complot imaginaire tramé contre moi par mes parentes (qui se figuraient que je serais bien forcé d'obéir) cette volonté de lutte, désir qui me poussait jadis à imposer brusquement ma volonté à ceux que j'aimais le plus, quitte à me conformer à la leur après que j'avais réussi à les faire céder. Je dis à ma mère que je ne partirais pas, mais elle, croyant plus habile de ne pas avoir l'air de penser que je disais cela sérieusement ne me répondit même pas. Je repris qu'ell verrait bien si c'était sérieux ou non. Le portier vint apporter trois lettres, deux pour elle, une pour moi que je mis dans mon portefeuille au milieu de toutes les autres sans même regarder l'enveloppe. Et quand fut venue l'heure ou, suivie de toutes mes affaires, elle partit pour la gare, je me fis porter une consommation sur la terrasse, devant le canal, et m'y installai, regardant se coucher le soleil tandis que sur une barque arrêtée en face de l'hôtel un musicien chantait Sole mio. Le soleil continuait de descendre. Ma mère ne devait pas être loin de la gare. Bientôt elle serait partie, je resterais seul à Venise, seul avec la tristesse de la savoir peinée par moi, et sans sa présence pour me consoler. L'heure du train approchait. Ma solitude irrévocable était si prochaine qu'elle me semblait déjà commencée et totale. Car je me sentais seul. Les choses m'étaient devenues étrangères, je n'avais plus assez de calme pour sortir de mon cœur palpitant et introduire en elles quelque stabilité. La ville que j'avais devant moi avait cessé d'être Venise. Sa personnalité, son nom, me semblaient comme des fictions menteuses que je n'avais plus le courage d'inculquer aux pierres. Les palais m'apparaissaient réduits à leurs simples parties et quantités de marbre pareil à tout autre, et l'eau comme une combinaison d'hydrogène et d'azote, éternelle, aveugle, antérieure et extérieure à Venise, ignorante des doges et de Turner. Et cependant ce lieu quelconque était étrange comme un lieu où on vient d'arriver, qui ne vous connaît pas encore, comme un lieu d'où l'on est parti et qui vous a déjà oublié. Je ne pouvais plus rien lui dire de moi, je ne pouvais rien de moi se poser sur lui, il me laissait contracté, je n'étais plus qu'un cœur qui battait et qu'une attention suivant anxieusement le développement de Sole mio. J'avais beau raccrocher désespérément ma pensée à la belle coudée caractéristique du Rialto, il m'apparaissait avec la médiocrité de l'évidence comme un pont non seulement inférieur, mais aussi étranger à l'idée que j'avais de lui qu'un acteur dont, malgré sa perruque blonde et son vêtement noir, j'aurais su qu'en son essence il n'est pas Hamlet. Tels les palais, le Canal, le Rialto, se trouvaient dévêtus de l'idée qui faisait leur individualité et dissous en leurs vulgaires éléments matériels. Mais en même temps ce lieu médiocre me semblait lointain. Dans le bassin de l'arsenal, à cause d'un élément scientifique luis aussi, la latitude, il y avait cette singularité des choses qui, même semblables en apparence à celles de notre pays, se révèlent étrangères, en exil sous d'autres cieux; je sentais que cet horizon si voisin, que j'aurais pu atteindre en une heure, c'était une courbure de la terre tout autre que celle des mers de France, une courbure lointaine qui se trouvait, par l'artifice du voyage, amarrée près de moi; si bien que ce bassin de l'Arsenal à la fois insignifiant et lointain me remplissait de ce mélange de dégoût et d'effroi que j'avais éprouvé tout enfant la première fois que j'accompagnai ma mère aux bains Deligny; en effet dans le site fantastique composé par une eau sombre que ne couvraient pas le ciel ni le soleil et que cependant borné par des cabines on sentait communiquer avec d'invisibles profondeurs couvertes de corps humains en caleçon, je m'étais demandé si ces profondeurs cachées aux mortels par des baraquements qui ne les laissaient pas soupçonner de la rue, n´étaient pas l'entrée des mers glaciales qui commençaient là, si les pôles n'y étaient  pas compris, et ci cet étroit espace n'était pas précisément la mer libre du pôle; cette Venise sans sympathie pour moi où j'allais rester seul, ne me semblait pas moins isolée, moins irréelle et c'était ma détresse que le chant de Sole mio s'élevant comme une déploration de la Venise que j'avais connue, semblait prendre à témoin. Sans soute il aurait fallu cesser de l'écouter si j'avais voulu pouvoir rejoindre encore ma mère et prendre le train avec elle, il aurait fallu décider sans perdre une seconde que je partais, mais c'est justement ce que je ne pouvais pas; je restais immobile, sans être capable non seulement de me lever mais même de décider que je me lèverais. Ma pensée sans doute pour ne pas envisager une résolution à prendre, s'occupait tout entière à suivre le déroulement des phrases successives de Sole mio, à chanter mentalement avec le chanteur, à prévoir l'élan qui allait l'emporter, à m'y laisser aller avec elle aussi; a retomber ensuite. Sans doute ce chant insignifiant entendu cent fois, ne m'intéressait nulleement. Je ne pouvais faire plaisir à personne ni à moi-même en l'écoutant aussi religieusement jusqu'au bout. Enfin, aucun des motifs connus d'avance par moi, de cette vulgaire romance ne pouvait me fournir la résolution dont j'avais besoin; bien plus, chacune de ces phrases, quand elle passait à son tour, devenait un obstacle à prendre efficacement cette résolution ou plutôt elle m'obligeait à la résolution contraire de ne ps partir, car elle me faisait passer l'heure. Par là cette occupation sans plaisir en elle-même d'écouter Sole mio se chargeait d'une tristesse profonde, presque désespérée. Je sentais bien qu'en réalité, c'était la résolution de ne pas partir que je prenais par le fait de rester là sans bouger; mais me dire: "Je ne pars pas", qui ne m'était pas possible sous cette forme directe, me le devenait sous cette autre: "Je vais entendre encore une phrase de Sole mio"; mais la signification pratique de ce langage figuré ne m'échappait pas et, tout en me disant: "Je ne fais en somme qu'écoputer une phrase de pus", je savais que cela voulait dire: "Je resterai seul à Venise." Et c'est peut-être cette tristesse comme une sorte de froid engourdissant qui faisait le charme désespéré mais fascinateur de ce chant, chaque note que lançait la voix du chanteur avec une force et une ostentation presque musculaires venait me frapper en plein cœur; quand la phrase était consommée en bas et que le morceau semblait fini, le chanteur n'en avait pas assez et reprenait en haut comme s'il avait besoin de proclamer une fois de plus ma solitude et mon désespoir. Ma mère devait être arrivée à la gare. Bientôt elle serait partie. J'étais étreint par l'angoisse que me causait, avec la vue du canal devenu tout petit depuis que l'âme de Venise s'en était échappée, de ce Rialto banal qui n'était plus le Rialto, —par ce chant de désespoir que devenait Sole mio et qui, ainsi clamé devant les palais inconsistants, achevait de les mette en miettes et consommait la ruine de Venise; j'assistais à la lente réalisation de mon malheur construit artistement, sans hâte, note par note, par le chanteur que regardait avec étonnement le soleil arrêté derrière Saint-Georges-le-Majeur, si bien que cette lumière crépusculaire devait faire à jamais dans ma mémoire avec le frisson de mon émotion et la voix de bronze du chanteur, un alliage équivoque, immutable et poignant.

 


 

 


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miércoles, 8 de mayo de 2024

Back to the Madhouse

"The madhouse I know well"... 

I first heard about this madhouse in The Passion, a novel by Jeanette Winterson. Rowing in the dark around it, in my mind. And then there we were— in the madhouse island in the lagoon.  And it keeps coming back, now in Melwin's Life of Percy Bysshe Shelley, speaking about Shelley's stay in "that degraded city", together with his friend Byron.

 

Childe Harold and Beppo are not more different characters than were the Byron of Geneva, and the Byron of Venice. Mr. Moore has delighted to rake up all the filthy details of his low amours in that degraded city, of which Shelley speaking says, "he had no conception of the escesses to which avarice, cowardice, superstition, ignorance, powerless lust, and all the brutality which degrade human nature, could be carried, till he had passes a few days there." He has also drawn a portrait of his noble poet friend, which reminds us of what Chesterfield said of Bolingbroke: "His youth was there distracted by the tumult and storm of pleasures in which he most licentiously triumphed, devoid of all decorum. His fine imagination often heated and exhausted the body in deifying the prostitute of the night, and his convivial joys were pushed to all the extravagance of frantic Bacchanals. His passions injured both his understanding and his character." 

But without quoting what Shelley says, in speaking of his dissipations, Julian and Maddalo is also preceious as a faithful picture of Venice. We seem to sail with the two friends in their gondola—to view with them that gorgeous sunset, from Lido, when—

They turned, and saw the city, and could mark 

How from the many isles in the broad gleam,

Its temples and its palaces did seem

Like fabrics of enchantment piled to heaven.

The madhouse, so graphically drawn, on the island, I know well; but whether the harrowing history of the maniac was imaginary, or but the dim shadowing out of his own sufferings, and a prognostic of what might befal himself, I cannot pretend to determine. Who can read it without shedding tears? and how thrilling is the comment of Maddalo, on the destinies of himself and Julian!

       

Most wretched men

Are cradled into poetry by wrong—

They learn in suffering what they teach in song.

 

 


 

 

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lunes, 16 de octubre de 2023

Adriana Ivancich

 

Adriana Ivancich         (1930-1983)

 

(Italian petty aristocrat, Hemingway's friend and muse, met him in Venice and Cuba, inspired the romance in his novel Across the River and into the Trees, object of the older writer's pathetic infatuation; promoted by him as a poet, married, 2 children, committed suicide after bouts of depression)

 

 

Works

 

Ivancich, Adriana. Ho guardato il cielo e la terra. Poetry. Milan: Mondadori, 1953.

_____. La Torre Bianca. Milan: Mondadori, 1980.  (Memoir on Hemingway)

 

 

 

Criticism

 

Knigge, Jobst C. "Hemingway's Venetian Muse Adriana Ivancich: A Contribution to the Biography of Ernest Hemingway." Humboldt Universität Berlin eDoc Server. 2011.*

         https://edoc.hu-berlin.de/bitstream/handle/18452/14129/257OuZ2UGqA.pdf?sequence=1

         2022

_____.  Hemingway's Venetian Muse Adriana Ivancich: A Contribution to the Biography of Ernest Hemingway. New version 2012. Online at e-doc Server - Humboldt Universität zu Berlin.*

         https://edoc.hu-berlin.de/bitstream/handle/18452/14177/2338BeAlC0Lcw.pdf

         2023

 

 

 

 

Internet resources

 

 

Wikipedia. "Adriana Ivancich." Wikipedia: The Free Encyclopedia.*

         https://en.wikipedia.org/wiki/Adriana_Ivancich

         2023

 

 

Paula Ortiz

lunes, 20 de julio de 2020

Le Grand Théâtre du Monde —à Venise








Simon fait une ultime pause avant de clore sa péroration par un définitif: "Baroque ET classique? La preuve: Venise."
Applaudisement fournis. 
L'Italien veut riposter sans attendre mais Simon l'a privé de sa synthèse, il est donc forcé de jouer contre sa nature. Il dit, directement en français, ce que Simon admire mais interprète comme une marque d'énervement: "Ma Venezia, c'est la mer! La pauvre tentative dialectique de mon adversaire n'y peut rien. L'élément liquide, c'est barocco. Le solide, le fixe, le rigide, c'est classico. Venise, è il mare!" Alors Simon se souvient de ce qu'il a appris pendant son séjour, le Bucentaure, l'anneau jeté à la mer et les historires d'Eco: "Non, Venise est l'époux de la mer, ce n'est pas la même chose.
—La ville des masques! Du verre miroitant! Des mosaïques scintillantes!  La ville s'enfonce dans la lagune! Venise, c'est de l'eau, du sable et de la boue! 

—Et de la pierre. Beaucoup de marbre.

—Le marbre, c'est baroque! C'est strié de veines, ça a plein de couches à l'intérieur et ça casse tout le temps.

—Mais non, le marbre, c'est classique. En France, on dit "gravé dans le marbre".

—Le Carnaval! Casanova! Cagliostro! 

—Oui, Casanova, dans l'inconscient collectif, c'est le roi baroque par excellence. Mais c'est le dernier. On enterre dans une apothése un monde révolu.

Ma, c'est ça l'identité de Venise: une agonie éternelle. Le XVIIIe, c'est Venise."

Simon sent qu'il cède du terrain, qu'il ne pourra pas soutenir très longtemps ce paradoxe de la Venise solide et droite, mais il s'entête: "Non, Venise, la forte, la glorieuse, la Dominante, c'est celle du XVIe, avant sa disparition, sa décomposition. Le Baroque que vous défendez, c'est ce qui la fait mourir."

L'Italien ne se fait pas prier: "Mais la décomposition, c'est Venise! Son identité, c'est précisément sa course inéluctable vers la mort.

—Mais il faut que Venise ait un avenir! Le Baroque que vous décrivez, c'est la corde qui soutient le pendu.

—Encore une image baroque. D'abord vous contestez, ensuite vous condamnez, mais tout vous ramètne au Baroque. Tout prouve que c'est l'esprit du Baroque qui fait la grandeur de la cité."

Simon sent qu'en termes de démonstration logique pure, il est entré dans une séquence où il a le dessous mais, heureusement, la rhétorique n'est pas faite que de logique alors il joue la carte du pathos: Venise doit vivre.

"Peut-être le Baroque est-il ce poison qui la tue et la rend toujours plus belle en la tuant. (Éviter les concessions, se dit Simon intérieurement). Mais prenez Le Marchand de Venise: d'où vient le salut? des femmes qui vivent sur une île: sur la terre!"

L'Italien s'exclame, triomphant: "Portia? Qui se déguise en homme? Ma, c'est totalmente barocco! C'est même le triomphe du Baroque sur la rationalité obtuse de Shylock, sur le droit, derrière lequel s'abrite Shylock pour réclamer sa livre de chair. Cette interprétation psychorigide de la lettre chez le marchand juif, ça, c'est l'expression d'une névrose proto-classique (si j'ose dire)."

Simon sent que le public a apprécié l'audace de la formule, mais en même temps il voit bien que son adversaire divague quelque peu sur Shylock et que c'est heureux parce que lui-même commence à être sérieusement perturbé par le thème imposé: ses doutes et sa paranoïa sur la solidité ontologique de sa propre existence reviennnent lui parasiter l'esprit à un moment où il a besoin de toute sa concentration. Il se dépêche de pousser ses pions sur Shakespeare ("la vie est un pauvre acteur qui, son heure durant, se pavane et s'agite", pourquoi cette phrase de Macbeth lui revient-elle précisément maintenant? D'où vient-elle? Simon lutte pour repousser la question à plus tard). "Portia est précisément ce mélange de folie baroque et de génie classique qui lui permet de battre Shylock, non comme les autres personnages, en recourant aux sentiments, mais avec des argument juridiques, fermes, inattaquables, d'une rationalité exemplaire, fondés sur la démonstration même de Shylock qu'elle retourne comme un gant: "Une livre de chair, certes, le droit vous l'accorde, mais pas un gramme de plus." À cet instant, Antonio est sauvé par un tour de passe-passe juridique: un geste baroque, certes, mais un baroque classique." 
Simon ressent l'approbation du public. L'Italin sait qu'il a reperdu l'initiative, alors il s'attache à démonter ce qu'il nomme les "circonvolutionas spécieuses et pathétiques" de Simon et il commet à son tour une petite faute. Pour dénoncer les sauts logiques douteux de Simon,, il demande: "Ma, qui a décidé que le droit était une valeur classique?" alors même que c'est  ce qu'il a lui-même présupposé dans son argument précédent. Mais Simon, trop fatigué, trop distrait ou trop concentré sur autre chose, manque l'occasion de souligner la contradiction et l'Italien peut poursuivre: "Est-ce qu'on ne touche pas là les limites du système de mon adversaire?"
Et il place sa botte: "Ce que fait mon honorable interlocuteur, c'est très simple: il force les analogies." 

Simon est désormais attaqué là où normalement il excelle, dans le métadiscours, et il sent que s'il se laisse faire, il risque d'être battu à son propre jeu, alors il s'accroche à sa ligne: "Votre défense de Venise est piégée. Il fallait la réinventer par une alliance, et Portia est cette aliance: ce cocktail de ruse et de pragmatisme. Quand Venise risque de se perdre derrière ses masques, Portia apporte de son île sa folie baroque ET son bon sens classique".

Simon a de plus en plus de difficultés à se concentrer, il pense aux "prestiges" du XVIIe siècle, à Cervantès bataillant à Lepante, à ses cours sur James Bond à Vincennes, à la table de dissection du Théâtre anatomique de Bologne, au cimetière d'Ithaca et à mille choses en même temps, et il comprend qu'il ne pourra triompher que si lui-même surmonte, dans une mise en abîme qu'il trouverait savoureuse en d'autres circonstances, ce vertige baroque qui l'envahit.
(...)


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viernes, 5 de diciembre de 2014

La maschera

Everybody's wearing a disguise 


Come sono belle queste maschere
Come sono brutte queste maschere
Si sono io le faccio io
Mi chiamano mascheraio
Metto pezzettini di carta
Comencio dal bordo
Dopo le sopracciglia, poi il naso e la bocca

Un giorno faccio una maschera che ride
Un giorno faccio una maschera che piange
Un giorno faccio una maschera bella
Un giorno faccio una maschera brutta

Come facile fare una maschera con diverse espressioni
Ma che peccato che non hanno il cuore
Che non hanno la circolazione del sangue
Che non sentono né fredo né caldo
Che non possono dire perché piangono o ridono

Ma con me sono diverse
Quando metto pezzettini di carta sugli occhi
mi guardano e mi danno i loro sentimenti
Quando metto pezzettini di carta sulla bocca
mi parlano e mi dicono tante cose
Quando metto pezzettini di carta sul naso
vedo che respirano
che sono vive

Ma allora, forse loro sono vere e noi siamo 
maschere


(H. —
Venezia - Primavera 1988)


A truth of masks

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